33 binômes artistiques réunis dans ce tome III des Impromptus.

Toutes deux se sont penchées sur l'enfance fracturée, les confins de la révélation de l'inconscient et l'émergence d'impressions enfouies.

Ainsi sera l'oeuvre collaborative d'Edith Landau et d'Elisa Darnal. 

Map of the Scars, pour Edith Landau

Giono disait que la mort était naturelle, il n’était pas le seul. En revanche, s’il comprenait la douleur dans un premier temps - c’est-à-dire nous faire réagir, lutter contre quelque chose, il ne comprenait pas pourquoi certaines douleurs duraient.
Cette douleur qui fait que nous ne savons plus qui nous sommes, celle où l’on demanderait bien volontiers de mourir, pour aller mieux.

Comment alors faire de l’art, non pas avec cette douleur mais pour la montrer ? Aujourd'hui encore, la souffrance est taboue, tel les pestiférés de Jaffa, nos malades sont cachés. Mis de côté. Parce qu’ils ne sont pas nous, et nous n’assumons pas le fait qu’un jour,                                                                                                                                            peut-être, nous serons l’un d’entre eux.


Edith Landau, photographe, en a décidé autrement. Par son regard, elle nous montre ce que nous ne voulons pas voir : des corps malades, souffrants, ou le résultat de ces souffrances que beaucoup appellent cicatrices sont mises en avant.

Si ce n’était que cela…

L’homme sain de corps élabore des théories que la douleur ignore. La photographe nous offre à voir les corps de manière brutale et mise en scène : la boue comme protection, comme seconde peau. En noir et blanc, car le coeur n’y est plus.
Dans son travail les corps sont déjà ailleurs, ils ont déjà effectué et assumé toutes les attitudes, les opérations, les ablations, les remises en question, les « pourquoi moi ».

Ces corps nous assomment, ils ont déjà tellement vécus.
Et l’homme est vite dépassé par ce qu’il ne connaît pas. Certains se sentiront oppressés mais en réalité ils seront rassurés : de ne pas être ceux-là, de ne pas être celles-là, et bien que beaucoup posent un regard attendri sur la maladie des autres, cette charité dégoulinante n’aide pas celui qui souffre. La fraternité a ses limites, et supporter la cruauté des douleurs invisibles, ses subtilités.

L’homme gouverne le monde alors que la douleur est le monde.

Regardez : nous nous sentons faible mais il y a dans les photographies d'Edith Landau un appel : l’inconscient désir de ne pas souffrir. Mais que dire, quoi faire ? Lorsque les mots ne suffisent plus, face à l’accablement de l’étrangeté, il reste le silence et un goût amer de regret. Il reste aussi l’espoir, à parts égales entre résignation et rémission. Dans un dernier cri, nous osons à peine parler de beauté.

Et pourtant, dans ces photographies magnifiques et sans sourire, l’âme demeure là où le visage s'éteint. On y voit encore de grandes ambitions et des rêves démesurés. Nous, êtres de bonne volonté, flirtont souvent avec l’indifférence : C’est humain. Et oser regarder l’autre, aussi grande que soit sa douleur, a toujours son utilité.
L'artiste nous le prouve : chaque image est une confession, des épreuves infinies, car une femme gisant et se tordant de douleur a été heureuse oui, comme un enfant vivant.

Que dire de l’angoisse des diagnostics. Comment supporter les traitements ? Il y a dans ces mises en scène le replis et le regard : un exutoire sans nom. Une douleur telle que malgré toute la volonté du monde, on se trouve enfermé dans la solitude, et je ne vois rien de pire que d’être enfermé à jamais dans une douleur telle que personne ne peut plus nous comprendre

Et même si l’art soulage la vie, il n’a pas la force requise pour soulager de vivre.

Florence Bridenne 

 

 

Remerciements : Laurianne CorneilleLola Rnd

https://collectifmonarchs.com/

Galerie Tokonoma
du 10 avril au 11 mai 2019