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DISSONANCES #46 FRAGILE

mai 2024 / 64 pages / 8 euros

mise en images : Édith LANDAU

 

ÉDITO : VOLUTES DE VULNÉRABILITÉ

Passent sur la page des enfants harcelés, une jeune femme enceinte et son carton à pizza, le bambou et les nuages, des vieillards émouvants, un verre brisé à la cantine, un oiseau prudent pour un haïku farceur, passent des corps qu’on aimerait moins anonymes, passent le cancer, l’émotion, l’humour, le travail de l’écriture, la mémoire, l’addiction. Passe la vie, en somme, dans ces textes que nos dix-neuf auteurs ont ciselés avec délicatesse pour des joies simples ou un bricolage plus compliqué.

Mais qu’y a-t-il de plus fragile et immense à la fois que la lumière ? Quoi de plus mystérieux, émouvant, parfois effrayant que cette lumière qui caresse les bords du monde, s’infiltre dans les paysages, effleure les corps, voile et révèle ? Une lumière qui murmure le temps et ses fantômes, l’horreur et la beauté. C’est tout cela et plus encore qui traverse les photographies d’Édith Landau dont le travail accompagne magnifiquement ce numéro.

Alors fragilités, cassures, incertitudes, faiblesses, inconsistance, précarité, légèreté, vanité, tout est empoignade de vent dit l’Ecclésiaste. Il nous plaît de croire que ce vent qui emporte les mots et les images vous fera vous envoler avec nous.

JC BELLEVEAUX



Da Morire

Salon de la Mort IV

Du 19 au 28 avril 2024  - Vernissage le 18 avril à partir de 18h

Galerie 24b, 24 bis rue Saint-Roch 75001 Paris

 

Performance d'Ekaterina Igorevna le samedi 20 avril tout au long de l’après-midi.

Le 25 Avril à 19h30 Dark Cabaret, chansons réalistes sombres par Lèo De Saint-Germain.

Performance de Michiko Fou « Tabi » le 28 avril.

 

Da Morire, à en mourir en français, est le titre de ce quatrième salon de la mort qui suit le salon de l’amour et précède celui de l’érotisme. Faire salon, c’est faire causette, c’est croiser des artistes, des visiteurs, des histoires ancrées dans le réel. Pas de Madeleine sur Internet qui puisse rappeler son goût. Ces salons faits maison se parfument à la réalité qui est une expérience que l’on peut apprécier Da Morire, à l’excès.

Dans ce salon, une seule œuvre par artiste est exposée, c’est dire le niveau d’exigence.

A l’instar d’un haïku ou d’un aphorisme, il faut proposer en une seule pièce son talent, sa sensibilité, son humour, tout doit être contenu dans une oeuvre, à l’instar du roman de Sergueï Dovlatov « La Valise » (1986, éditions Hermitage) où il relate que ceux qui quittaient l’Union Soviétique n’avaient droit qu’à une valise, toute une vie dans une unique petite valise.

Toute une vie dans une œuvre, c’est l’idée, avec l’espoir que celle-ci atteigne le firmament. L’art comme la vie sont faits d’espérances, rien n’est plus cruel que d’assassiner l’espoir, c’est ce qui arrive pourtant : un grand nombre de très jeunes sont embrigadés de force dans des guerres fratricides, des vies sont ruinées, des rêves gâchés par des dirigeants égocentriques.

Da Morire est une somme d’énergies qui réunit des œuvres d’artistes bouleversés par la mort, espérons qu’elles atteignent le ciel et saluent ceux et celles parties trop tôt.

Laurent Quénéhen

 

Quelques photos de la série « Le bord du monde » dans le portfolio du week-end du 10 février 2024.


Une de mes photographies sera présentée, rendez-vous le 15 février prochain

lien vers l'évènement

"Amours V" se déploie dans deux galeries du Marais, pas très éloignées l’une de l’autre : espace temps et Remèdes galerie où les photographies sélectionnées pour Amours V seront exposées.
espace temps : vernissage le 14 février à partir de 18h – Ouvert du 15 au 18 février 2024. 98 rue Quincampoix 75003 Paris
Remèdes Galerie : vernissage le 15 février à partir de 18h – Ouvert du 16 au 19 février 2024. 143 rue du Temple 75003 Paris
"Amours V"
Aucun amour ne nous est étranger car l’homme a plus de points communs que de différences. Madame Butterfly, Carmen, ne nous sont pas étrangères. Un amour humain n’est jamais « étranger » pour un autre humain.
D’où la bêtise des Nations et de leurs lois, de leurs frontières, de leurs territoires tracés au crayon sur de vieilles cartes.
On peut faire un cercle de feu pour chasser les loups, pas les hommes, ni les femmes.
Qui sait si ce juge ne renvoie pas l’amour de sa vie en expulsant cette congolaise dans un pays dont elle ne veut plus ? Qui sait si ce russe n’assassine pas son cousin en tuant ce jeune ukrainien ?
L’amour n’a pas de frontière, ni de classe sociale, ni maitre, ni dieu, l’amour est anarchiste.
Ceci étant, il est impossible d’aimer tout le monde en même temps et les galeries n’ont que quatre murs, d’où les choix difficiles de ce cinquième salon, d’autant que les candidatures furent nombreuses. L’absence de CV joue peut-être un rôle, mais un CV est source d'exclusion et d'élitisme arbitraire. Dans ce salon inspiré des salons d’antan, le choix se porte d’abord sur les œuvres et sur l’inconnu, le nouvel arrivant.
Dans un pays libre et démocratique, il faut exercer la préférence internationale, l’ouverture est la condition sine qua non de l’amour.
Welcome to love !
Laurent Quénéhen, Commissaire de l'exposition

 




Amours IV

 

Quatrième salon sur le thème de l’amour. A l’instar des salons sur les réseaux sociaux, des liens s’établissent entre les oeuvres, des connexions visuelles et cérébrales. C’est une immersion dans un salon sur l’esthétique de l’amour à Paris en 2023. Beaucoup de femmes artistes sont présentes, peut-être est-ce la reconnaissance d’une féminitude dans l’art, à l’instar de ce que Aimé Césaire évoquait de la négritude ou Jean Dubuffet de l’art brut. L’art est peut être plus du côté féminin, même chez les hommes, comme on n’y trouve pas cette volonté de destruction de l’humain bien réelle et plutôt masculine que l’on constate dans la guerre. Poutine n’est pas un artiste. Hitler a malheureusement très vite compris qu’il n’en était pas un. L’art est une tentative de connexion, de communion, qui va au delà du genre, de l’âge, du niveau social et des frontières et il est aussi imprévisible que l’amour.

 

Laurent Quénéhen, commissaire d'exposition


33 binômes artistiques réunis dans ce tome III des Impromptus.

Toutes deux se sont penchées sur l'enfance fracturée, les confins de la révélation de l'inconscient et l'émergence d'impressions enfouies.

Ainsi sera l'oeuvre collaborative d'Edith Landau et d'Elisa Darnal. 


Map of the Scars, pour Edith Landau

 

Giono disait que la mort était naturelle, il n’était pas le seul. En revanche, s’il comprenait la douleur dans un premier temps - c’est-à-dire nous faire réagir, lutter contre quelque chose, il ne comprenait pas pourquoi certaines douleurs duraient.

Cette douleur qui fait que nous ne savons plus qui nous sommes, celle où l’on demanderait bien volontiers de mourir, pour aller mieux.

Comment alors faire de l’art, non pas avec cette douleur mais pour la montrer ? Aujourd'hui encore, la souffrance est taboue, tel les pestiférés de Jaffa, nos malades sont cachés. Mis de côté. Parce qu’ils ne sont pas nous, et nous n’assumons pas le fait qu’un jour, peut-être, nous serons l’un d’entre eux.

Edith Landau, photographe, en a décidé autrement. Par son regard, elle nous montre ce que nous ne voulons pas voir : des corps malades, souffrants, ou le résultat de ces souffrances que beaucoup appellent cicatrices sont mises en avant.

Si ce n’était que cela…

L’homme sain de corps élabore des théories que la douleur ignore. La photographe nous offre à voir les corps de manière brutale et mise en scène : la boue comme protection, comme seconde peau. En noir et blanc, car le coeur n’y est plus.

Dans son travail les corps sont déjà ailleurs, ils ont déjà effectué et assumé toutes les attitudes, les opérations, les ablations, les remises en question, les « pourquoi moi ».

Ces corps nous assomment, ils ont déjà tellement vécus.

Et l’homme est vite dépassé par ce qu’il ne connaît pas. Certains se sentiront oppressés mais en réalité ils seront rassurés : de ne pas être ceux-là, de ne pas être celles-là, et bien que beaucoup posent un regard attendri sur la maladie des autres, cette charité dégoulinante n’aide pas celui qui souffre. La fraternité a ses limites, et supporter la cruauté des douleurs invisibles, ses subtilités.

L’homme gouverne le monde alors que la douleur est le monde.

Regardez : nous nous sentons faible mais il y a dans les photographies d'Edith Landau un appel : l’inconscient désir de ne pas souffrir. Mais que dire, quoi faire ? Lorsque les mots ne suffisent plus, face à l’accablement de l’étrangeté, il reste le silence et un goût amer de regret. Il reste aussi l’espoir, à parts égales entre résignation et rémission. Dans un dernier cri, nous osons à peine parler de beauté.

Et pourtant, dans ces photographies magnifiques et sans sourire, l’âme demeure là où le visage s'éteint. On y voit encore de grandes ambitions et des rêves démesurés. Nous, êtres de bonne volonté, flirtont souvent avec l’indifférence : C’est humain. Et oser regarder l’autre, aussi grande que soit sa douleur, a toujours son utilité.

L'artiste nous le prouve : chaque image est une confession, des épreuves infinies, car une femme gisant et se tordant de douleur a été heureuse oui, comme un enfant vivant.

Que dire de l’angoisse des diagnostics. Comment supporter les traitements ? Il y a dans ces mises en scène le replis et le regard : un exutoire sans nom. Une douleur telle que malgré toute la volonté du monde, on se trouve enfermé dans la solitude, et je ne vois rien de pire que d’être enfermé à jamais dans une douleur telle que personne ne peut plus nous comprendre

Et même si l’art soulage la vie, il n’a pas la force requise pour soulager de vivre.

                                                                                                                                                      Florence Bridenne 

 

 

Remerciements : Laurianne Corneille, Lola Rnd

https://collectifmonarchs.com 

Galerie Tokonoma
du 10 avril au 11 mai 2019